Histoire
septembre 8, 2026

La bouée de sauvetage de 3 milliards d’euros de Samsung met à l’épreuve les ambitions de Mistral pour l’avenir de l’IA en Europe

Mistral et ses soutiens présentent l’investissement mené par Samsung comme un vote stratégique en faveur de l’indépendance technologique européenne ; des analyses plus sceptiques y voient un concurrent prometteur contraint de changer de cap après avoir peiné à égaler les moyens financiers et la production des leaders mondiaux de l’IA.

Trois ans après son lancement, Mistral a construit son argumentaire autour d’une question différente de la course effrénée au modèle le plus puissant : les entreprises et les gouvernements peuvent-ils utiliser une IA de pointe sans céder le contrôle de leurs données, de leur infrastructure et de leurs futures mises à niveau à un unique fournisseur étranger ? L’entreprise affirme que sa réponse réside dans une pile complète de modèles à poids ouverts, de capacités de calcul et d’outils de production — ce qu’elle appelle une « couche d’IA souveraine ».

Il y a un an, le fabricant néerlandais d’équipements pour puces ASML a mené un tour de table qui valorisait la start-up parisienne à 11,7 milliards d’euros. Emmanuel Macron, dans un message relayé par le directeur général de Mistral, Arthur Mensch, a présenté la succession d’ASML à Samsung comme la preuve que Mistral pouvait nouer des alliances industrielles capables de faire entrer l’Europe parmi « les grandes puissances mondiales de l’IA ».

Ces derniers mois, toutefois, cette ambition s’est heurtée à la brutale réalité économique du secteur. Mistral a été présenté comme l’une des réponses les plus solides de l’Europe aux groupes américains et chinois, mais l’entreprise a eu davantage de mal à suivre le rythme de leurs ressources financières et de leur production technique, ce qui a entraîné un virage stratégique. Le pari de l’entreprise est moins une imitation frontale d’OpenAI ou d’Anthropic que des déploiements sur mesure pour les entreprises, notamment avec ASML et avec une orientation prévue aux côtés de Samsung.

Mardi, Samsung Electronics a mené le tour de table de série D de 3 milliards d’euros de Mistral, aux côtés du Scaleup Europe Fund géré par EQT et de PSG Equity. L’opération a établi une valorisation post-money supérieure à 21 milliards d’euros — plus du double en un an — et Mistral l’a qualifiée de plus importante levée de fonds en capital réalisée par une entreprise technologique européenne.

Les fonds sont destinés à davantage de capacités de calcul, à des centres de données, à des modèles plus grands et plus rapides, ainsi qu’à l’expansion internationale. Mensch affirme que Mistral entend à terme s’appuyer sur des capacités qu’elle construira elle-même, les capacités de calcul détenues en propre devant augmenter d’environ 100 % sur cinq ans. C’est la tension fondamentale derrière les célébrations : ce tour de table donne davantage de temps et de moyens au champion européen de l’IA, mais la souveraineté dépendra de la capacité de Mistral à prouver qu’elle peut continuer à s’améliorer assez vite pour rester une alternative de confiance.