Histoire
septembre 9, 2026

Le pari de 3 milliards d’euros de Mistral met à l’épreuve les ambitions européennes en matière d’IA

Les soutiens de Mistral voient dans le tour de table mené par Samsung la preuve que l’Europe peut bâtir une IA souveraine et ouverte, soutenue par une puissance industrielle. Le contre-argument est plus tranchant : l’entreprise doit encore transformer une levée de fonds record en modèles et en infrastructures capables de suivre le rythme des leaders mondiaux.

Il y a un an, Mistral était valorisée à 11,7 milliards d’euros après un tour de table mené par le fabricant néerlandais d’équipements pour semi-conducteurs ASML. Cette valorisation a désormais plus que doublé — une ascension rapide qui a fait de l’entreprise parisienne un test central de la capacité de l’Europe à produire son propre poids lourd de l’IA.

Cette ascension s’est toutefois accompagnée de pression. Mistral a été présentée comme l’une des réponses européennes les plus solides aux groupes américains et chinois d’IA, mais elle a peiné à égaler leurs ressources financières et leur production technique, ce qui a conduit à ce qui a été décrit comme un virage stratégique.

Mardi, l’entreprise a annoncé une série D de 3 milliards d’euros menée par Samsung, à laquelle participent également le Scaleup Europe Fund soutenu par l’UE et l’investisseur existant PSG Equity. L’opération valorise Mistral à plus de 21 milliards d’euros et constitue, selon les termes de l’entreprise, « la plus importante levée de fonds en actions jamais réalisée par une entreprise technologique européenne », seulement trois ans après son lancement.

Le directeur général Arthur Mensch affirme que ces fonds visent à combler l’écart par une montée en capacité massive : davantage de centres de données, davantage de puissance de calcul détenue en propre et des « modèles plus grands et plus rapides ». Il a déclaré à CNBC que Mistral ambitionne d’augmenter d’environ 100 % la capacité de calcul qu’elle détient au cours des cinq prochaines années, tout en développant des systèmes sur mesure pour les entreprises plutôt que de reproduire le modèle des modèles fermés d’OpenAI et Anthropic.

L’argument politique est aussi important que l’argument commercial. Dans un message relayé par Mensch, le président Emmanuel Macron a salué la capacité de Mistral à nouer des partenariats stratégiques avec de grands acteurs industriels et à placer l’Europe « parmi les grandes puissances mondiales de l’IA ». Le directeur général de Hugging Face, Clément Delangue, a exprimé un point de vue similaire, appelant à « davantage d’IA souveraine et open source partout dans le monde ».

Tel est le pari qui sous-tend ce financement : les capitaux et la portée industrielle de Samsung pourraient donner à Mistral la marge nécessaire pour bâtir une alternative européenne. Reste à savoir si elle pourra transformer cette marge en une parité technique durable.