Histoire
16 oct. 2026

La spirale de la dette de CoreWeave met à l’épreuve la plus grande promesse de l’IA

Les soutiens de CoreWeave estiment qu’une demande contractuelle de premier ordre garantit un déploiement agressif de capacités de calcul pour l’IA. Ses détracteurs voient dans ce même modèle très endetté le point où l’exubérance du secteur se heurte à la dure discipline des marchés du crédit.

Les signaux d’alerte ont commencé sur le marché obligataire, où les investisseurs qui avaient financé la ruée vers les centres de données pour l’IA ont commencé à poser une question moins glamour que les traders d’actions : seront-ils remboursés ? L’analyste crédit Robert Schiffman a déclaré que « certaines des faiblesses du boom de l’IA peuvent d’abord apparaître » sur les marchés du crédit, en particulier chez les plus petits opérateurs de néocloud dépendants de la dette.

CoreWeave est devenu le cas d’école le plus évident. L’entreprise emprunte pour construire des centres de données et louer de la puissance de calcul, mais ses besoins de financement sont immenses : à la fin juin, elle portait environ 35 milliards de dollars de dette, 16 milliards de dollars supplémentaires de passifs locatifs et a fait état d’un flux de trésorerie disponible négatif de 5,7 milliards de dollars lors de son dernier trimestre.

Mercredi, l’anxiété s’était transformée en déroute. Ses obligations ont subi une vente massive pour la deuxième journée consécutive, faisant grimper les rendements au-dessus de 15 %, tandis que l’action chutait d’environ 15,5 %. John Atkins de PitchBook a qualifié CoreWeave de « baromètre de la frange la plus risquée du sentiment à l’égard des hyperscalers », alors que les investisseurs se détournaient d’emprunts qui pourraient devoir être refinancés à des taux prohibitifs. Le PDG de CoreWeave, Michael Intrator, a répliqué en interne, affirmant que les marchés peuvent « mal comprendre et agir de manière irrationnelle » lorsqu’une jeune entreprise technologique est en cours de construction.

La fracture est désormais nette. Evan Schlossman, de Neostellar, investisseur de CoreWeave, soutient que les 103,7 milliards de dollars d’obligations de prestation restantes — dont une grande partie est liée à des contrats non résiliables de type take-or-pay — offrent aux prêteurs une voie fiable vers le remboursement. « Nous avons confiance dans notre carnet de commandes, qui couvre largement l’ensemble de nos obligations de dette », a déclaré l’entreprise.

Les sceptiques ne sont pas convaincus. La comptable et journaliste d’investigation Francine McKenna a mis en garde contre l’hypothèse selon laquelle Microsoft sauverait un fournisseur si la demande de calcul pour l’IA faiblissait : « Microsoft est impitoyable et dévorera CoreWeave tout cru » si cela sert ses intérêts. Le verdict du marché n’est pas encore un effondrement, mais c’est une exigence de preuves : la demande en IA ne suffira pas à trancher la question si le capital demeure cher.

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